Portrait - Edward Lorenz par UCA 16/05/2019

Un futur « smart » ou « intelligent » au sens de durable. Edward Lorenz
Portrait - Edward Lorenz par UCA 16/05/2019

Edward Lorenz

Diplômé du MIT, de Berkeley et de Cambridge puis recruté d’abord à l’Université de Technologie de Compiègne, Edward Lorenz mène depuis 2004 ses travaux de recherche en économie au GREDEG. Spécialiste en études comparatives, il a commencé sa carrière en confrontant sur le papier deux pays aux histoires industrielles contrastées : l’Angleterre, la première nation à industrialiser la production de navires et la France, pour son rôle de « second » dans ce domaine, parce qu’elle lui a emboîté le pas.

Edward Lorenz s’est ensuite interrogé sur les déterminants de la confiance en économie et sur le rôle de la connaissance dans les mécanismes de développement économique ou de diffusion des techniques, par exemple entres les entreprises. Puis, « peu à peu, quand on s’intéressait à ces questions, on s’est mis à parler des nouvelles technologies et des systèmes d’innovation », explique-t-il. Mais, jusque dans les années 2000, les réflexions sur le développement économique, lorsqu’elles sont menées en Europe, semblent indépendantes des questions de développement durable. Il faut attendre la crise de 2008 et l’essor des économies émergentes pour voir apparaître la notion d’un futur « smart » ou « intelligent » au sens de durable.

Toutefois, ces questions ne se posent pas partout de façon homogène. « Chez nous, on parle beaucoup d’intelligence artificielle, de la robotisation du travail et de leur impact sur l’avenir de la production industrielle. Ces questions relatives à l’industrie 4.0 m’intéressent beaucoup et font partie de ma recherche actuelle. Mais en Afrique, par exemple, la nature des infrastructures industrielles et la forte dépendance des économies sur la production agricole génèrent des problématiques différentes », explique le chercheur. 

Un de ses premiers projets avec les chercheurs de l’Afrique du Sud, la Tanzanie, l’Ouganda et le Mozambique portait ainsi sur la capacité de ces pays de développer des compétences et d’innover. Il a permis de montrer que les PME et les micro-entreprises, majoritaires là-bas, étaient capables de réaliser le développement de nouveaux produits et d’intégrer les nouvelles technologies dans leur fonctionnement. « J’ai eu l’occasion de présenter une synthèse de ces travaux devant des décideurs politiques africains, qui se sont montrés très intéressés. Sur le plan personnel, cette expérience m’a donc montré que je pouvais m’impliquer dans une recherche avec des impacts pas seulement théoriques », confie Edward Lorenz.

Depuis, il a également choisi de s’engager dans la transmission auprès des jeunes des pays en développement. « J’essaye de développer leur capacité à faire de la recherche, en participant à des workshops, des écoles doctorales, en les accompagnant dans l’élaboration de leur travail de thèse », illustre-t-il. Pour lui, les ODD nous invitent à penser ce que signifie pour chacun le développement durable et l’inclusif. « En Europe, c’est penser à ce qui a un impact sur l’environnement, sur la cohésion sociale, sur les différences d’accès à l’éducation, aux « meilleurs jobs ».  Mais en Afrique, cela renvoie d’abord à ce qui sera capable de réduire la pauvreté extrême surtout dans les régions rurales et agricoles et de produire suffisamment pour que la population entière puisse vivre », insiste-t-il.

Aujourd’hui, Edward Lorenz travaille régulièrement avec les collègues de l’université de Johannesburg sur l’industrie 4.0 « parce que ça les intéresse aussi ». Et, « une des questions qui se pose consiste à savoir si les nouvelles technologies peuvent éviter de reproduire en partie les erreurs occidentales et favoriser par exemple une industrialisation verte », conclut-il.