Motion du Lapcos concernant le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR)

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02-03-2020

Motion du LAPCOS (Laboratoire d’Anthropologie et de Psychologie Cliniques, Cognitives et Sociale, EA 7278) de l’Université Côté d’Azur, adoptée le 2 mars 2020

 

Les membres du LAPCOS expriment leur plus vive inquiétude et se déclarent mobilisé.e.s contre le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), dont les orientations figurent dans trois rapports commandés par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) et remis le 23 septembre 2019[1].

En effet,

1) le projet de loi envisagé remet en cause de manière fondamentale le statut des enseignant·e·s-chercheur·e·s (suppression de la clause d’accord des intéressé·e·s pour la modulation du service, fin de la référence aux 192 heures TD et donc du paiement des heures complémentaires) ;

2) il menace d’accroître la précarisation de tous les personnels avec généralisation des CDD, multiplication des recrutements sur missions ponctuelles et mise en place d’un système de titularisation conditionnelle (tenure track) ;

3) il ouvre la voie au localisme et aux inégalités de traitement en réduisant le rôle des instances nationales de qualification, de recrutement et de suivi des carrières ;

4) il tente d’imposer à l’université « le déploiement d’une […] culture du management et de l’évaluation » qui lui est profondément étrangère et une logique délétère de concurrence généralisée (évaluation sur des critères étroits de productivité inadaptés à la recherche comme à l’enseignement).

 

Des réformes sont nécessaires pour soutenir et développer la qualité de la recherche française dans les universités, les grands établissements et les organismes de recherche. Toutefois la précarisation du personnel, l’accroissement de la compétition entre les établissements, entre les unités de recherche et entre les enseignant.e.s-chercheur.e.s ou chercheur.e.s sur la base d’une évaluation quantitative ne peut constituer une solution durable. Il en va de même du renforcement du financement de la recherche sur projets. Ces mesures s’appuient sur des rapports privilégiant la recherche appliquée et partenariale (avec les entreprises), elles fragilisent la recherche fondamentale et tiennent très peu compte des spécificités des sciences humaines et sociales.

Nous considérons qu’afin de garantir la liberté de la recherche, celle-ci doit bénéficier de budgets récurrents, s’appuyer sur des emplois pérennes de fonctionnaires et reposer sur une évaluation qualitative par les pairs.


Enfin, les membres du LAPCOS affirment leur attachement à la vocation humaniste et universaliste de l’enseignement supérieur et de la recherche et au rôle critique et émancipateur des sciences humaines et sociales. La recherche doit demeurer un service public œuvrant au bénéfice de la société dans son ensemble.



[1] https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid145221/restitution-des-travaux-des-groupes-de-travail-pour-un-projet-de-loi-de-programmation-pluriannuelle-de-la-recherche.html

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