Journée d'étude "Danse et artification" - 7-8 novembre 2019

Quand ? Du 07-11-2019 à 09:00
au 08-11-2019 à 17:00
Où ? Trotabas 7 novembre / SJA2 8 novembre
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Participants Organisateurs : Sarah Andrieu, Clarisse Goudet, Grégori Jean
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Cette journée s'inscrit dans le cadre de l'axe 5 et fait suite des journées du 25 et 26 juin 2019.

Depuis les travaux de Nathalie Heinich et de Roberta Shapiro[1], le concept d’ « artification » — « processus qui institutionnalise l’objet comme œuvre, la pratique comme art, les pratiquants comme artistes, les observateurs comme publics, bref qui tend à faire advenir un monde de l’art » (2012, p. 20) — est au cœur des réflexions que la philosophie de l’art mène au sujet du devenir de l’idée d’art, et de la reconnaissance de la labilité et de la porosité des frontières qui séparent l’art et le non-art. L’une des forces de ce concept est la portée extrêmement générale que leur accordent leurs auteurs — il ne s’applique pas seulement aux « objets » au sens strict (un tableau, une sculpture), mais aussi aux paysages (land art), aux situations (happening) ou à la danse (hip-hop).

Nous souhaiterions au sein de ces journées d’étude revenir sur sa pertinence pour aborder un certain nombre de pratiques qui ne s’objectivent pas (ne produisent pas d’objets) et n’entretiennent peu de relation avec les objets. Tel est le cas de la danse qui ne fait pas systématiquement « œuvre » et dont certaines échappent, dès la naissance de l’esthétique moderne, au système des beaux-arts. Si Roberta Shapiro[2] a bien démontré les mécanismes du passage à l’art de la danse hip-hop en France à travers son institutionnalisation et les dynamiques afférentes (décontextualisation, organisation, professionnalisation, singularisation, intellectualisation) qu’en est-il du corps, de ses techniques et de ses savoirs ? En effet, rien n’empêche de comprendre l’artification de la danse comme un ensemble de dynamiques qui travaille sur cet objet tout à fait particulier qu’est le corps. Mais toute artification du corps n’est pas danse — et de fait, l’assimilation du corps à une œuvre d’art s’appuie sur une série de phénomènes dont la structure est tout autre : des pratiques ancestrales de la parure jusqu’à la haute couture, du tatouage tribal à la pratique moderne du body painting, et jusqu’aux formes les plus quotidiennes d’intervention sur le corps — du simple maquillage au bodybuilding — on assiste bien à une esthétisation de la corporéité suffisamment codifiée pour être assimilée à une artification, mais qui diffère manifestement en nature d’avec tout devenir dansant du corps. C’est donc cette artification tout à fait particulière que nous nous proposons ici d’interroger. Une attention particulière sera portée aux « opérateurs discursifs[3] » (Heinich et Shapiro, op.cit., p. 287) et plus particulièrement à l’ensemble des discours énoncés par les danseurs dont la pratique est en cours d’artification ou artifiée. Quelles transformations ce « passage à l’art[4] » (Tarabout, 2003) produit sur la parole des danseurs et la façon de dire le corps ? Comment l’entretien- qu’il soit lié à la recherche, au journalisme ou à la critique…- intervient dans ce processus d’artification et entraîne la constitution de nouveaux savoirs dans la mise en mot de l’expérience corporelle, mais également de nouveaux discours sur le statut de danseur et des valeurs qui accompagnent la danse ?


[1] Nathalie Heinich et Roberta Shapiro (dir.), De l’artification. Enquêtes sur le passage à l’art, Paris, EHESS, 2012.

[2] Shapiro Roberta, « Du smurf au ballet. L’invention de la danse hip-hop », dans Nathalie Heinich et Roberta Shapiro (dir.), De l’artification. Enquêtes sur le passage à l’art, Paris, EHESS, 2012, p. 171-192.


[3] Nathalie Heinich et Roberta Shapiro, op.cit., p. 287

[4] Gilles Tarabout, « Passage à l’art. L’adaptation d’un culte sud-indien au patronage artistique », in Escande Yolaine & Schaeffer Jean-Marie (eds.), L’esthétique : Europe, Chine et ailleurs, Paris, You-Feng, 2003, p. 37-60.

 

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